
Du jamais vu! Sur les 7 prix les importants, 4 ont été attribués à des français. Statistiquement, cela paraît improbable. Pourquoi ce jury, comportant Sophie Marceau, actrice préféré des français, n’a-t-il eu le regard embué, passionné, que pour la France? Pourquoi ce prix d’interprétation féminine faisant le grand écart entre Emmanuelle Bercot dans « Mon roi » et Rooney Mara dans « Carol » de Todd Haynes, film magnifique, soit dit en passant (il a décroché ensuite la Queer palm), où elle formait un tandem et un couple à l’écran avec Cate Blanchett? Pourquoi Vincent Lindon et pas l’extraordinaire prestation de Michael Caine dans « Youth » de Paolo Sorrentino, excellent film balayé du palmarès? Enfin, pourquoi ne pas avoir osé donner la palme d’or au film choc et, techniquement parlant, vraie leçon de cinéma « Le fils de Saul » de László Nemes, élève de Bela Tarr dont il possède la rigueur radicale? A défaut, il a eu le Grand prix, mais il était vraiment trop impossible de le laisser à l’écart. Je n’ai pas vu le film de Jacques Audiard qui a finalement raflé la palme, c’est un grand réalisateur dont j’admire le travail mais comment surpasser « Le Fils de Saul »? Quand je l’ai vu le jeudi au lendemain de l’ouverture du festival, j’était intimement convaincue que personne ne pourrait faire mieux ou/et plus fort. Pourtant, il y a eu de beaux films complètement ignorés du jury comme, par exemple,« Moutains may depart » de Jia Zhang-ke dont j’ai conservé la chanson dans la tête depuis sa projection mercredi dernier. Dans cette belle sélection asiatique 2015, seul le film « The Assassin » de Hou Hsiao-Hsien a été reconnu (Prix de la mise en scène). Ce Palmarès des pourquoi laisse évidemment dubitatif…
Un mot sur la caméra d’or attribuée (à un premier ou second film, toutes catégories confondues) par un jury présidé par Sabine Azéma à « La Tierra y la sombra », film auteuriste, typiquement festivalier, très bien filmé, factuel zéro pathos mais un peu lent et âpre… Le sujet : un homme, ayant fui la récession et la perte de presque toutes ses terres, y revient pour l’agonie de son fils. Un film faisant partie de la section La Semaine de la critique.