
« The Shameless » de OH Seung-uk
Très beau film noir que j’avais déjà eu l’occasion de voir au dernier festival de Cannes, sélection officielle Un Certain regard (voir la présentation à Cannes…)
Jung Jae-Gon, un lieutenant de police plutôt beau gosse, traque sans relâche un criminel dénommé Jun-gil. Hors, ce gangster travaillait autrefois avec un riche homme d’affaires riche, un certain Monsieur Park. Mais une femme les a séparés, la trop séduisante Kim Hye-kyung. Quand il a su que Hye-kyung était la maîtresse de Jung-gil, Park a renvoyé cette somptueuse femme fatale dont il avait fait une reine. Splendeurs et misères des courtisanes… Aujourd’hui déchue, flétrie par les années et les galères, Hye-Kyung gère un bar miteux, le « Macao », tout en conservant sa superbe d’antan dans une certaine mesure. C’est fascinant comme cette femme fatale oscille entre l’assurance et l’élégance, acquises lors des ses années de succès, et la déchéance maîtrisée, la désespérance, amoureuse de Jun-gil, son amant devenu junkie. Quelle allure dans ce trench en dentelle beige que Hye-Kyung porte pour un rendez-vous, son allure fière, sa beauté relevée par un maquillage savant, qu’on la dirait revenue des années en arrière, conquérante, sûre d’elle, car quand on l’a été un jour, on le reste toujours, un peu, d’une façon résiduelle…
Lui cachant qu’il est un flic, Jae-gon se rapproche dangereusement de Hye-Kyung, beau portrait de femme fatale, fut-elle désespérée, portant la poisse à tous les hommes qui l’approchent, son amour complexe pour l’un ou l’autre n’y changeant rien. Comprenant que le flic est fou d’elle, a-t-elle ses sentiments pour lui? On n’en saura rien, sans doute il la touche et rassure sa capacité à être désirée plus que tout, même aujourd’hui, déchue, si ce n’est qu’elle est liée viscéralement au gangster Jun-gil comme une prostituée à son mac et qu’aucun homme n’arrivera jamais à la hauteur de cette loque couchée chez elle en état de manque, attendant qu’elle trouve un dealer…
Un film fascinant, focalisé sur le portrait d’une femme fatale qui a trouvé son maître, acceptant lucidement et par une irrépressible passion qu’il l’entraîne dans sa chute. L’ambiance est sombre, verdâtre, les personnages tragiques, un drame noir que le cinéaste met en scène dans la même absence de couleurs, désaturées, les rues désertes, le ciel bas le cynisme des collègues policiers, film noir livide. Pas étonnant que ce film ait été retenu en SO à Cannes dans la section UCR, on est au meilleur du cinéma coréen opérant une brillante synthèse entre drame passionnel et film noir.
(3,5 / 5)
