

Durant un certain temps, j’ai eu du mal à trouver le livre de souvenirs d’AH intéressant car, divisant son livre en périodes traitées dans l’ordre chronologique, ça démarre et s’éternise par le conte de fée, légèrement pondéré, pas crédible, de son enfance en Irlande. Dans l’ombre d’un père ogresque qui habite une grande maison type manoir mais les fait habiter, elle est sa mère, quatrième épouse de John Huston et pas la dernière, dans une petite maison à distance. Combien cette enfance est idéalisée pour ne pas dire javelisée : abritée derrière une qualité de description d’une précision drastique, l’auteur fait un portrait surtout déco des lieux de son enfance, lissant tous les conflits sous la beauté des lieux et des choses. Obsédée par son père, AH tique néanmoins quand l’ogre a un enfant avec une de ses amies, ça passe mal ; parallèlement, elle s’émeut de la détresse de sa mère comme si cela n’avait qu’une lointaine conséquence de l’abandon de son mari.
Le livre démarre vraiment au second chapitre : Londres, la description des années Swinging London regorge de détails sur la mode de l’époque comme cette virée dans la célèbre boutique Biba, les visistes chez le coiffeur Vidal Sassoon, description minutieuse de cette faune hippie chic avant l’heure, la somptueuse Marianne Faithfull alors en couple avec Mick Jagger, l’omniprésent photographe David Bailey, prédateur sexuel, marié un temps a Catherine Deneuve, qui a un faible pour la fille de Huston au physique atypique. Ce physique atypique, très grande et élancée, sportive, les épaules larges, un grand nez dans un visage osseux, AH en a parfaitement conscience et elle va utiliser ses défauts comme des qualités pour se lancer dans la profession de mannequin ayant une marque de fabrique originale, unique, une orientation intelligente qu’elle poursuit plus tard à New York mais que la dictature de la blondeur halée de LA va stopper.
Après St Clerens en Irlande (plaie jamais refermée quand John Huston, poussé par sa cinquième épouse californienne, ruiné, fut obligé de vendre le domaine), Londres avec sa mère, Ricky, qui mourra bientôt à 39 ans dans un accident de voiture, le mannequinat à New York, enfin, le grand saut à LA où AH deviendra actrice à 28 ans sans savoir jouer (auparavant, son père l’avait obligée à jouer dans son film/ »Promenade avec l’amour et la mort » pour lequel la critique l’avait démolie) ; mais elle apprendra, deux ans de cours avec les meilleurs coaches, et obtiendra même l’Oscar du second rôle pour « L’Honneur des Prizzi » avec les deux hommes de sa vie, John Huston derrière la caméra, Jack Nicholson devant (dont on disait qu’il avait « un sourire de tueur »).

(3,5 / 5)