

2 janvier 2017
On n’a pas compris quand tu nous a prévenu « il est fatigué Le Prince charmant », toujours rien compris quand tu as fait ses adieux dans « quand j’étais chanteur » ; tu avais annoncé qu’à trente ans, ta carrière serait finie, on n’a pas entendu. Car tu as eu deux vies.
« Fan de toi », on l’est resté, figées dans les brumes ensorcelées de « Wight is Wight ». Tu t’es battu contre une dépression nerveuse mais on a toujours refusé de comprendre, tu donnais si bien le change, tes retours, tes absences, ton combat contre les fantômes, on n’en ai rien su ou presque, jusqu’à ton grand retour il y a 15 ans.
Tu avais publié bien des albums mais comme les belles de « je ne t’aurais pas vue » qui ne ne t’auraient pas vu non plus vieillir, nous avons préféré jusqu’à la fin ceux des années d’insouciance. Tu étais notre jeunesse, le souvenir de tous les désirs quand il existait encore tous les possibles. « 62, nos quinze ans », c’était nous, on n’a rien oublié.
Bien entendu qu’on aurait toutes dit oui « Pour un flirt avec toi », tu le savais mais tu en as eu assez des artifices, tu as cassé ton image, jeté tes pantalons pattes d’éléphant orange, refusé brushings sophistiqués et chemises en soie de troubadour, renoncé à ton sourire « atout majeur ». Pourtant, une fois encore, on n’a vu que toi, cette élégance nouvelle, cheveux courts et moustache, trop sexy pour être honnête, enlacé, extatique, chantant « tu me fais planer », ce slow à se damner.
« Toutes les filles » te pleurent quand elles se souviennent d’une époque libertaire bénie, celle où tu les faisais danser, rêver, mais ton départ demeure étrangement abstrait. Soudain, ils t’ont emmené te reposer dans un ailleurs inconnu. Tu avais tant souffert, tu avais tardivement retrouvé la joie et ton public, fidèle, intact. Il t’attendait ainsi que dans « je l’attendais ».
À présent, tu es redevenu cet ange de « j’étais un ange ». « Ce lundi-là », 2 janvier, tu tourneras la page anniversaire de la rue de l’existence, l’horloge s’est arrêtée il y a un an, et, encore une fois, malgré les larmes du deuil, nous continuerons à dérouler le temps avec toi, car, étrangement, ton absence a démultiplié la conscience de ta présence, tu nous a légué tant de choses, tant de textes, de livres et de chansons et de films…
Te voir en live sur une vidéo et c’en est fini de la tristesse, de ton absence terrestre, écouter en boucle « Ces mots-là », c’est partir avec toi « Loin d’ici », jouer avec la temporalité, remonter le temps.
« Emmène-moi » disait Aznavour, ton Maître. Dans les brumes apaisées d’un au-delà auquel tu croyais, il me semble que tu nous a emmenées avec toi, un peu…

« Il n’est pas mort. Il ne n’est pas endormi. Il s’est réveillé du rêve qu’est la vie »
(Shelley à propos de Keats)