
Paradoxalement, ce film dont la sortie fut annulée à cause des les attentats des 13 novembre parce qu’il était en quelque sorte prémonitoire (ce que réfute le réalisateur qui pense que tous les éléments étaient en place depuis des années), qu’il dérangeait, la réalité plus forte que la fiction, quand d’autres l’avaient fait avant lui avec « La Désintégration », oui, ce film comporte une dimension humaine non négligeable.
Si « La Désintégration » était un remarquable constat clinique sur les mécanismes d’endoctrinement, dans « Made in France », on est immergé au cœur d’un groupe de jeunes convertis au Djihad, plus théoriquement qu’en pratique. Car, avant le retour d’Hassan (Dimitri Storage) du Pakistan, les trois autres, Christophe (François Civil), Driss (Nassim Si Ahmed), Sidi (Ahmed Dramé), tournaient en rond, cherchant un sens à leur vie spirituellement vide, en quête d’un moteur existentiel et d’action ; on peut reprocher au film d’avoir choisi des personnages archétypes : Christophe, le converti d’origine bretonne, que personne ne veut appeler Youssef, Driss, le jeune de banlieue « sensible », plutôt agressif, enthousiaste, aimant les armes, les « guns », Sidi, le jeune black influençable, plus porté par l’affection du groupe que par le projet. Quel projet d’ailleurs?
Le début du film montre le discours halluciné d’un imam extrémiste dans une mosquée prêchant qu’il faut renoncer à tout plaisir charnel sur cette terre, dénonçant une société occidentale devenue pornographique. De la curiosité à la conviction, la conversion, il n’y a qu’un pas sur le terreau psychologique et socialement propice que représente la concentration des jeunes des banlieues dites « sensibles », ghettoïsées, de fait.
Sur internet, quelques clics suffisent à trouver le mode d’emploi de la fabrication d’une bombe, « le dark internet » qui ne laisse pas de traces, des copains glauques de copains pour acheter des armes, le premier pas vers l’ivresse des armes, « faire un carton », entre réel et virtuel, la première bévue, et, déjà, un copain perdu par la maladresse ou la traitrise d’un autre. Cet autre, c’est Sam (Malik Zidi), journaliste infiltré pour les besoins de la préparation d’un livre sur le Djihad, musulman pratiquant, de père algérien et mère française (comme le réalisateur), l’intello du groupe, qui apprend à Hassan, méfiant, des rudiments d’arabe et les sourates du Coran.

(4,5 / 5)