
1970 en Floride, Linda Boreman se fait bronzer sur la pelouse de la maison familiale avec sa copine Patsy beaucoup plus délurée qu’elle. Une famille middle class américaine plutôt morose et conservatrice. Son père, ancien flic, a démissionné de la police et quitté NY après que Linda soit tombé enceinte, sa mère se méfie d’elle, la famille a emménagé en Floride pour éviter le scandale. La grande peur de Linda, c’est de décevoir les gens, ses parents, son nouveau petit ami, Chuck Traynor, un bellâtre odieux, petit proxénète véreux, qu’elle épousera ensuite. Ainsi, Chuck toujours sans le sou, violent, caractériel, Linda accepte une audition pour un rôle, hors, elle ne sait pas qu’il s’agit de cinéma pornographique. Pourtant, sous l’influence de Chuck qui la téléguide, Linda ne songe pas à refuser. Le succès phénoménal de « Deep throat » est inattendu, le film (tourné en quelques jours avec un buget minable) est programmé dans les cinémas « normaux » du pays où tout le monde se presse, pourquoi? Parce-que, d’une part, il « tombe bien », cela correspond à période de la révolution sexuelle où le X, bien que confidentiel jusqu’alors, n’est pas interdit en salles ; parce-que d’autre part, le film a deux qualités, non seulement un vrai scénario avec un certain humour (l’héroïne ayant découvert son clitoris au fonds de la gorge, devient reine de la fellation) mais aussi Linda Lovelace a un physique rassurant de girl next door : une fille ordinaire faisant des choses extraordinaires.
6 ans plus tard, Linda Lovelace se rebiffe, elle écrira un livre de mémoires où elle affirme que son mari l’a forcée sous la menace à tourner « Deep throat », raconte les coulisses de sa relation avec Chuck Traynor qui la violentait, la prostituait, on remontre alors les scènes de la vie avec Chuck avec un supplément d’images, ce qu’on n’avait pas vu dans la première partie du film : la violence extrême de Chuck Traynor qui terrorisait Linda. D’icône culturelle à une période clé de la libération sexuelle, pionnière de l’explosion du porno de masses, Linda passe alors à celui de victime, femme-objet exploitée, et porte-parole du nouveau féminisme.

(4 / 5)