
C’est un film dur, le portrait d’un tueur psychopathe dans la tête duquel le réalisateur nous immerge grandement, en complément de ses actes apparemment incompréhensibles. Franck est un gendarme exemplaire, habitant à la caserne avec ses collègues, mais un mini-évènement détonne, on apprend dès le départ qu’il a demandé sa mutation à l’étranger, refusée comme s’en réjouit son chef qui pense que Franck est son meilleur élément.
D’entrée, celui qu’on a appelé « le tueur de l’Oise » est montré comme un homme qui a une double vie, gendarme modèle le jour, tueur la nuit mais choisit-il vraiment ses victimes? Au départ, c’est ce que l’on croit, il roule la nuit, percute une jeune fille en mobylette et tire sans vraiment viser, d’où cette lettre anonyme qu’il enverra « la prochaine fois je viserai le coeur ». La jeune fille n’est pas morte, il la retrouvera à l’hôpital, elle, sidérée.
Petit à petit, on se rend compte que Franck ne choisit pas exactement ses victimes au hasard, il supporte pas le désordre et le chaos, aussi vertueux qu’un prêtre de l’inquisition, une jeune fille traînant la nuit lui est insupportable. Insupportable comme le parfum ou le maquillage de la seule femme qu’il ose aimer dont il lui dit « ça fait pute » après son unique nuit d’amour avec elle qu’il n’assume pas. Sophie, lingère de la caserne, qu’il considère comme pure et bonne, sauf que cette nuit consentie avec elle en aurait souillé l’image, fragilisé son esprit malade (il ne supporte pas qu’elle lui dise « tu en avais envie ») D’ailleurs, le réalisateur joue l’ambigüité en le faisant roder seul dans le quartier de drague gay après sa nuit avec Sophie….
Mais ce Franck supporte le moins c’est qu’on le trouve gentil, il traduit qu’on le dévirilise, qu’il est un faible, pas « un vrai homme » ; une scène avec ses parents qui se moquent de lui cruellement en le considérant comme un « innocent » incapable de s’approcher d’une femme est très importante pour expliquer l’auto-dévalorisation de Franck qui se voudrait un homme fort et intègre qui aime l’ordre et la nature. Franck, lucide dans sa folie, expliquera plus tard que la société a transformé un être hypersensible en monstre. Franck hait les hommes et ça commence par lui, il se déteste. Voir les scènes d’auto-flagellation et de châtiments corporels, tels les religieux autrefois, qu’il s’inflige après ses meurtres.
(4,5 / 5)