
Voilà le film espagnol aux 10 Goya dont on attendait beaucoup et qui est encore au delà des espérances. Seul bémol : la mise en scène somptueuse n’est-elle pas un peu trop belle au service d’un polar glauque imbibé par les fantômes de Franco? 1980, les marécages de Guadalquivir en Andalousie, terre arride, inhospitalière, ont quelque chose d’intrinséquement menaçant, sables mouvants où vont disparaître deux adolescentes. Film de genre crade où depuis quelques années, en fait, quatre adolescentes ont disparu, pas kidnappées mais séduites par un bellâtre qui va leur faire miroiter l’Eldorado et les vendre pour des soirées tarées à des notables fantômes, jamais nommés, en quête de sensations fortes. Film de genre assez classique, au fond, des adolescentes qui veulent partir de leur province sinistre, rêvant d’une autre vie, deviennent des proies (on pense à « 8mm » de Schumacher, ce film tellement controversé, les jeunes filles rêvaient d’Hollywood, elle finiront en chair à snuff movies pour milliardaires jamais rassasiés de pouvoir). Dans tous les cas, les intermédiaires minables et corrompus, les familles dévastées, les ados qu’on a pas vu grandir, posant nues pour des photos, leur désir de fuir ayant anesthésié toute méfiance.

(4,5 / 5)