
Ce livre parle d’un personnage clé des années 70 : compagnon de Karl Lagerfeld et grande passion d’Yves Saint-Laurent en qui il révélait sa part sombre, comme on a pu l’apercevoir dans les deux biopics consacrés au couturier. Aristocrate de province aux ambitions floues dont la vie fut consacrée au personnage de dandy scandaleux qu’il avait créé : lui. Fiancé de la princesse Diane de Beauveau-Craon, excentrique et délurée, c’est pourtant les hommes qui ont toujours eu sa préférence.
Elevé strictement dans une famille d’aristocrates de province bien qu’habitant Neuilly, une des grandes quêtes de sa vie fut de retrouver son titre et son rang, royaliste de cœur, persuadé du sang bleu qui coulait dans ses veines, bien que la famille de Beaumarchais se soit opposée à ce que sa famille accole leur nom au leur car, au début, il se faisait appeler Jacques de Bascher de Beaumarchais.
Pendant 20 ans, il sera ce séducteur de l’ombre auquel nul ne résistait du « Sept », club gay de rue Saint Anne où le tout Paris chic se précipitait, hommes et femmes, au Palace (sa grande époque de fêtes insensées) à une époque de libération sexuelle où la fête non stop sous cocaïne était un mode de vie pour les happy few de Paris à New York.
Après qu’il eût effectué son service militaire dans la marine (il y rencontre un certain Philippe Heurtault, demeuré son ami (auteur des rares photos qui subsistent de lui*), après un court passage comme stewart dans une compagnie aérienne, il devient le compagnon de Karl Lagerfeld qui l’entretient. Quand on lui demande ce qu’il fait dans la vie, il répond « J’inspire Karl ». Une relation complexe, loin des stéréotypes, où le sexe joue un rôle mineur, les deux hommes étant liés par une érudition partagée et une fascination réciproque ; aussi, le mécène, bourreau de travail, que seul amuse ce dandy irrésistible qui ose tout, n’entrave en rien la débauche de son protégé qu’il loge toujours à distance de lui. Jusqu’au bout, Karl Lagerfeld restera fidèle à Jacques de Bascher, le veillant à l’hôpital quand, victime du sida à la fin des années 80, il agonisera quasiment seul avec sa mère et son amie Diane de Beauveau-Craon.
*Après cette biographie de Marie Ottavi, Philippe Heurtault publiera un beau livre de photos légendées intitulé «Jacques de B, éloge de la chute» : http://bullesdeculture.com/2018/04/litterature-critique-avis-jacques-de-bascher-eloge-de-la-chute-philippe-heurtault.html



A la mi-temps des années 80, la surconsommation chronique de drogues de tout poil depuis trop d’années et l’apparition du sida, décimant une grande partie des gens de la fête, signeront la fin d’une époque libertaire unique qui ne se reproduira jamais.
Dommage que l’auteur de ce livre ne soit pas passionnée par son sujet, le livre est assez plat et surtout factuel, révèlant, en fait, assez peu d’informations qu’on n’ait déjà lu dans « Beautiful people » d’Alice Drake, excepté le témoignage exceptionnel de Karl Lagerfeld qui ne l’a jamais oublié et ne parle en principe jamais de celui qui fut son unique passion, respectant après la mort de son compagnon son souhait : qu’il ne subsiste rien après lui…
liens vers les films sur YSL :
« Saint Laurent » : moins sage, le second biopic de YSL aux prises avec ses démons
"Jacques de Bashcher, dandy de l'ombre" par Marie Ottavi éditions Séguier Paru en été 2017
(3,5 / 5)