

La salle était comble dimanche soir pour la reprise (23/25 mai, organisée par Gaumont-Opéra, Le Monde et Canal+) d’une sélection des films en compétition officielle à Cannes. C’est le second film sur Yves Saint Laurent en un an, celui de Jalil Lespert, adoubé par Pierre Bergé, n’ayant pas démérité avec ses acteurs hors pair, Pierre Niney et Guillaume Gallienne. Sans doute un peu trop sage quand Bonello montre le dessous des cartes de manière moins politiquement correcte. Mais si le premier est un peu lisse, le second tombe facilement dans l’emphase et la démesure d’un luxe raffiné Viscontien auquel la présence d’Helmut Berger (compagnon et acteur phare de Visconti) en YSL âgé vient donner caution.
On va traverser la fin des années 60 et le début des années 70, devenues cultes, liberté, créativité, libération des moeurs, drogues et vêtements hippie chic. Le tableau que fait BB de ces années-là est souvent somptueux, la première partie du film est très belle. C’est ensuite qu’on s’éternise dans la direction marketing que Pierre Bergé donne à l’entreprise où, avant l’heure, il veut faire de YSL une marque. Les relations de YSL et Pierre Bergé ne sont pas très différentes de ce que montrait le film de J.Lespert : l’artiste dépressif, capricieux, fragile, génial, le gestionnaire possessif, protecteur qui sauve à la fois l’homme et la maison de couture. Ici, on insiste davantage sur le fait que Pierre Bergé transforme son amant en « marque » avec notamment tous les produits dérivés, parfums, sacs, etc… Cette thématique de personnalités ayant fait de leur propre personne une marque (tel le couple Beckham ou la famille Kardashian) est d’avant-garde, sauf qu’ici le couturier, que n’intéresse que la création, est manipulé, objectalisé par le gestionnaire de sa vie.
(4 / 5)