
Fini «Holy terror», LA biographie d’Andy Warhol de Bob Colacello, 969 pages sans en sauter 1 seule! Livre captivant où l’auteur raconte entre colère et tendresse, 11 ans avec 1 artiste aussi émouvant que tyrannique, workaholic insatiable de célébrité et de fortune, que rien n’apaisera de son angoisse profonde du manque : perpétuellement mal à l’aise, apeuré, hypocondriaque, d’une radinerie pathologique, entouré de favoris pour se protéger, divisant pour mieux régner, usant les meilleures volontés, il demeure un enfant triste, pauvre dans sa tête, rongé de solitude, qui se cache néanmoins tous les matins pour acheter compulsivement des riches collections de tout qu’il entasse dans ses maisons où il n’invite jamais personne.
La description des soirées du NY underground décomplexé des années 70 et 80 (la consommation des drogues s’étant banalisée au point d’offrir des saladiers de cocaïne dans les soirées, de passer autant de temps dans les toilettes du Studio 54 à se poudrer le nez que sur le dancefloor), le portrait sans concessions de la jet-set internationale débridée et oisive, se déplaçant inlassablement entre Paris, Rome et NY pour y faire la même chose, y voir les mêmes gens, donne un éclairage unique sur un monde d’hier qui n’existe plus et n’existera plus. Un monde, par ailleurs, indissociable de la vie de Warhol, invité et fêté partout, voyageant donc sans cesse mais ne profitant de rien (ou presque) car obsédé par la vente de ses œuvres, le décompte des portraits hors de prix que pourraient bien lui commander les stars, milliardaires et autres «grands de ce monde» qu’il fréquente sans relâche.
Ses sorties tous les soirs de sa vie (jusqu’à quatre soirées différentes tous les soirs) tiennent autant du parcours commercial, de la crainte de la solitude, que du plaisir d’être photographié par la presse aux côtés des célébrités.
Le seul problème de ce livre, ce sont les questions que l’on peut légitimement se poser sur l’objectivité de l’auteur ; sa position d’insider, d’intime de Warhol, qu’il fréquentait du lever au coucher tous les jours, onze années durant, avec qui il sortait tous les soirs dans toutes les fêtes, tous les clubs, faisant également partie de tous ses déplacements et voyages, voire, accessoirement lui rendre bien d’autres «petits services» comme écrire des articles signés Warhol ou poser pour lui… (un rôle bien au delà des nécessités de son poste de rédacteur en chef du magazine culte «Interview»), est sa force et sa faiblesse. Peut-on être juge et parti quand on a participé soi-même à toutes ces soirées délirantes avec les stars qui fascinaient le maître du Pop art, qu’on est devenu aussi proche d’elles que Warhol lui-même? Néanmoins, l’auteur a attendu quatre ans après sa démission d’ «Interview» et de la Factory pour prendre un peu de distance.
(4,5 / 5)