

Dans « Amnesia », il n’y rien du Barbet Schroeder que le cinéphile connaît (laissons de côté sa période américaine) et pourtant il y a tout, mais avec une pudeur inconnue chez lui car c’est son film le plus autobiographique. Une des caractéristiques du cinéma de Barbet Schoeder est son talent pour intégrer des vraies scènes documentaires dans des films de fiction sans que le spectateur ne puisse détecter « le vrai du faux » (scènes tribales documentaires dans « La Vallée », vrais protagonistes SM dans « Maîtresse », etc…) ; sans oublier que BS a réalisé bon nombre de documentaires tels « Général Idi Amin Dada » ou, le dernier, « L’Avocat de la terreur » sur Jacques Verges.
Dans ce film intimiste et épuré qu’est « Amnesia » malgré son titre trompeusement provocateur faisant référence au célèbre club d’Ibiza, une île devenue aujourd’hui une boite de nuit en plein air 24/24h, c’est bien d’amnésie qu’il s’agit, mieux, une amnésie volontaire de son personnage principal, Martha, septuagénaire allemande refusant de s’exprimer en allemand, préférant communiquer en anglais.
Le récit se passe au début des années 90, Ibiza n’est pas encore totalement investie par la fête tarifiée sous exctasy avec des DJ stars genre David Guetta. Martha vit seule dans un paysage de rêve, la nature respectée, dans une maison sans eau ni électricité. Sa rencontre avec Jo, jeune allemand, aspirant DJ, rêvant de se produire dans cette nouvelle boite des nineties, « L’Amnesia », va la réconcilier avec sa langue maternelle et son pays, au delà des liens amoureux, quoique platoniques, que Martha noue avec le jeune homme, symbole pour elle de la nouvelle génération germanique.
La maison où a été tourné le film est celle que possédait et habitait la mère du réalisateur et lui-même dans les années 50. Une maison témoignant de la vague allemande d’artistes ayant investi Ibiza dans les années 30, bien avant les hippies de « More », son premier film (se passant d’ailleurs en partie dans cette maison). Construite par l’architecte allemand Raoul Haussmann en 1935, la mère de BS en fit l’acquisition en 1951. Elle y vivait comme Martha, sans eau ni électricité et, détail impressionnant, la mère de BS n’a jamais voulu parler allemand a son fils, par ailleurs, petit-fils d’un grand psychiatre allemand. Dans le DP, Barbet Schroeder, de nationalité suisse, déclare ne pas savoir parler l’allemand, sa langue dite maternelle.
Revenons au film où c’est Jo, un jeune homme solaire, pas né durant la seconde guerre mondiale, qui va réconcilier Martha avec son pays, qu’elle redécouvre sous un jour nouveau, après l’avoir renié si longtemps en refusant sa langue quand tout autour d’elle (musique, tableaux, art) disait le contraire, la nostalgie mais la honte et l’impardonnable des atrocités du nazisme.

(4 / 5)