
Tab Hunter, né en 1931, fut sans doute chassé d’Hollywood davantage par la razzia du « Nouvel Hollywood » et la nouvelle vague déferlant sur les studios à la manière de « Easy rider » que par la révélation de son homosexualité en 1951 par le magazine « Confidential » qui fut à l’époque contrecarrée par Warner qui « tenait » la presse people. Star dans les années 50, sex-symbol adulé par les femmes, il représentait, tout comme Rock Hudson et même davantage, le gendre idéal, l’archétype de la virilité aryenne grâce à son physique parfait de surfeur Californien à la blondeur absolue. Sa grande erreur fut de claquer la porte des studios Warner. Comme il le dit lui-même, c’était un suicide et il ne retrouvera plus de rôles au cinéma. Il fut pourtant pressenti pour jouer le rôle de James Dean auprès de son amie, Natalie Wood, dans « La Fureur de vivre ». Mais, avec le recul, on voit bien que l’époque était à l’émergence des acteurs ambigus comme Brando et Dean qui allaient tout ensevelir sur leur passage, que les années 50 et les films de studios de l’âge d’or Hollywodien furent enterrés par les années 60.
Car, si le doc nous présente Tab Hunter aujourd’hui, serein et apaisé, il effleure à peine ses colères qui devaient être plus extrêmes qu’il ne le confesse. Son ambition aussi mais pas assez sans doute et pas pour les mêmes raisons que ses collègues de Hollywood, ainsi, son amant le plus célèbre, Anthony Perkins, plus amoureux de lui que lui, le plaquera néanmoins à la demande des studios… Tous ces acteurs étaient prêts à tout pour réussir à devenir une movie star mais Tab était différent. Quand il rencontre un agent de cinéma par hasard, il veut être le meilleur, son objectif est de bien faire, voire d’être le meilleur mais surtout que sa mère soit fière de lui. Car toute sa vie, Tab Hunter est hanté par sa mère, son juge suprême, et son frère aîné, son modèle. Dans son enfance, sa mère, allemande, divorce de son mari violent qui la maltraite et éleve seule ses deux fils, s’épuisant à la tâche, cumulant plusieurs boulots. Austère et sévère, elle les nourrit à la pratique du catholicisme et Tab, qui sera ensuite également chanteur à succès, adore chanter à la chorale pendant la messe.

Tab était un type bien que sa beauté insensée dérangeait plus qu’elle ne le servait au cinéma, le condamnant à des rôles de héros au physique angélique. Toute sa vie, il a été gêné d’être obligé de cacher son homosexualite qui était punie par les lois de l’époque, il a joué le jeu en se taisant, sans pour autant accepter un mariage blanc. En vérité, ses soucis majeurs étaient d’ordre familial : rongé par la folie de sa mère qui, épuisée, est internée en HP, puis, la mort de son frère au Vietnam, il accepte tous les rôles pour survivre financièrement. Il sera « repêché » beaucoup plus tard dans les films trash du réalisateur John Waters.
(3,5 / 5)