
Ce qui est terrible dans cette série, c’est son réalisme et son accent de vérité, le drame étant traité un peu de manière documentaire s’agissant de l’intense crédibilité dans la description des sentiments des personnages : la colère, la douleur, la peur, le deuil, l’insupportable quotidien. Néanmoins, le réalisateur joue avec la chronologie mais jamais gratuitement, ce sont essentiellement les souvenirs qui hantent les personnages en flash-back et donnent des éléments d’explication. Car comment expliquer un massacre apparemment « gratuit »? A Southcliffe, ville paisible de l’Angleterre profonde, le jour des morts, le 2 novembre 2011, un homme sort de chez lui, il vient de tuer sa mère, alitée, abat sa voisine et va tirer sur tous les gens qu’il rencontre, 18 personnes en tout. Mais Stephen Morton, le tueur, n’avait pas la vie drôle, c’est le moins qu’on puisse dire : vivant avec sa mère infirme, refusant l’aide des services sociaux hormis une visite par jour de Claire (dont il tuera plus tard la fille, par hasard), cet homme n’a qu’une satisfaction dans la vie : faire semblant de jouer à la guerre dont il est revenu traumatisé. Rencontrant une jeune recrue d’Afghanistan en permission, Chris Cooper, il l’emmène s’entraîner très brutalement, se fait appeler « commandant », l’autre s’en sort avec un genou cassé, va s’en plaindre à son oncle. C’est alors que le facteur déclenchant de la tuerie se met en place : l’oncle, odieux personnage, ancien militaire sadique, a cherché dans les archives de l’armée et vient révéler devant Chris à Stephen qu’il sait qu’il jamais été un vrai SAS, qu’il a raté son examen, qu’il a menti. S’en suit un tabassage en règle de Chris et son oncle sur Stephen Morton. En ôtant ce qui reste de dignité à Morton, en le « démasquant », ce dernier perd définitivement la tête.
Un second personnage, traumatisé par cette ville si tranquille de Southcliffe, est le journaliste TV David Whitehead, ancien copain d’enfance de Stephen Morton avec qui il n’avait gardé aucun lien et pour cause : à l’âge de 10 ans, son père fut accusé à tort d’être responsable d’une explosion dans une usine dans laquelle il avait trouvé la mort, un coupable idéal ; alors, sous les huées, David , persécuté par ses camarades, et sa mère avaient quitté Southcliffe pour toujours afin de s’installer à Londres. 30 ans ont passé. Pas ravi de cette mission, David, forcé par sa rédaction TV, revient dans sa ville d’enfance avec ses souvenirs en filigrane. Quelque chose lui dit qu’un facteur déclenchant fort a poussé Morton à passer à l’acte mais la ville se tait. David finira par perdre les pédales et hurler en direct qu’ils l’ont bien mérité, mélangeant passé et présent, scandale, le journaliste perd tout, son travail, sa femme.
Mais, un an plus tard, David reçoit un courrier menaçant pour « fêter » l’anniversaire du 2 novembre 2011.

(3,5 / 5)