

Un cinéma novateur ça existe encore! C’est ce s’on se se dit aussitôt le film commencé : le réalisateur s’autorise tout mais ce n’est pas n’importe quoi : il possède une grande maîtrise de la caméra et du cadre.
Une histoire d’amour entre un criminel et une pute, voilà comment le film présente les choses, il n’a pas l’air d’un criminel, elle n’a pas l’air d’une pute. Surtout elle, habillée presque sagement, comme tout le monde, cheveux mi-longs et frange brune.
On ne peut reprocher qu’une chose au film : de privilégier la forme au fonds ; on s’en rend compte au début du film, ensuite on est immergé…
Mais quelle beauté! Du crime ou des crimes on verra du sang sale, mêlé à la terre et la poussière, sur le sol ; du sexe, ce plan sublime du sperme coulant de la bouche de la prostituée, son visage de profil, un profil de madonne souillée ou aimée (on ne saura pas mais est-ce que ce n’est pas la même chose à la différence que dans un cas il s’agit du client et d’un job, dans l’autre celui de l’être aimé) sur lequel le réalisateur s’apesantit.

Je ne sais pas si le film déborde de références mais le spectateur, médusé, pense à plein de références cinéma, cinéphiles, à commencer par la nouvelle vague, cette manière de filmer novatrice et la prostituée ressemble à Anna Karina, le cinéma de Khavn est une nouvelle vague en soi, une vague qui emporte tout… Avec quelle énergie!
Le film se passe de nuit dans sa première partie, la plus large, la plus riche ; soudain, le film se passe de jour dans sa seconde partie, celle qui mènera au deuil, une fin romantique et poétique entachée de réalité, le chagrin de l’homme, le règlement de compte sordide, cette scène baroque au cimetière où la femme est emportée en robe de dentelle crème dans un au-delà indéterminé.
(5 / 5)