CANNES 2007
Mon premier festival de Cannes a duré quatre nuits et 5 jours, c’était en mai 2007.
Un jour, mon coiffeur m’a dit « vous allez à Cannes? » Et moi sidérée, mais je n’oserais jamais, j’avais ouvert mon blog en janvier 2006… Pourtant, cet homme avait raison et il est venu me coiffer dans ma chambre cette année-là, comme les stars… Il travaillait pour DESSANGE, partenaire du festival de Cannes, et j’avais dégoté une chambre minuscule au Majestic au prix de l’or pour une nuit.
Pour toute accréditation, en 2007, j’avais un Pass cinéphiles, qui, en fait, n’autorise pas l’entrée dans le Palais des festivals. Mais à l’époque, cela me paraissait inespéré, et le règlement était plus souple : avec un Pass Cinéphiles, on avait le droit de faire la queue pour l’accès de dernière minute aux séances de 15h, 22h et aussi celles de la nuit.
Seconde solution, la retape aux alentours du red carpet, des pancartes à bout de bras. Des années à pratiquer ce sport cannois. Ensuite, les tablettes remplacent les pancartes…
Très vite, les années suivantes, ils ont bloqué l’entrée par les jardins et mis des barrières depuis l’entrée tellement verrouillée du Majestic avec ses portiques, etc… Aujourd’hui, rentrer au Majestic, cela doit être pire que d’aller à Langley, le siège de la CIA…
Il n’est plus resté qu’à squatter le côté opposé. Devant la salle Debussy, tapis bleu (devenu rouge, le bleu, c’était la subtile nuance entre la SO et la SO/UCR). Devant la sortie des guichets du Marché. Les gens du Marché du film, eux, à un certain niveau d’accréditation, ont facilement des invitations et les distribuent d’autant plus volontiers qu’ils seraient pénalisés, leurs tickets non compostés, si, au dernier moment, ils décidaient de ne pas aller voir le film. J’ai déjà vu des couples monter les Marches, composter leurs tickets et repartir…
Ces businessmen et women du Marché du film ont des invit de couleur marron ou saumon selon les années. Et avec les années, les Pass cinéphiles n’ont plus eu le droit de rentrer au grand théâtre Lumière qu’avec une invitation bleue (des invit bleues qui ne nécessitent d’ailleurs aucun Pass…)
Ces cartons d’invitation si prisés de l’époque Gilles Jacob, conservés dans un coffre jusqu’à l’ouverture du festival, et que g tous jetés, n’existent plus. Quand ce gentleman nonagénaire, nommé au départ pour un an, a enfin pris sa retraite, le dessous argenté des invitations a disparu et on a lésiné sur le grammage du papier. En 2015, c’est une des premières choses que j’ai remarquées : les invitations avaient perdu leur argent par dessous et maigri de moitié, comme sorties d’une imprimante.
Des échanges se sont mis en place de façon informelle, des étudiants Pass cinéphiles vous demandant les années suivantes d’échanger du marron pour du bleu…

J’avais acheté sur eBay à une américaine trois nuits au Carlton. C’était gonflé. Pourtant, cette vendeuse occasionnelle était parfaitement honnête, tout arrive. Elle habitait en Floride et j’ai payé la somme par PayPal. Une affaire en or, une suite junior pour moins de la moitié du prix.
J’ai préparé une valise minuscule avec des ballerines dorées et deux robes et deux écharpes Léonard en soie. Un compatriote nous invitait deux fois par an aux soldes du personnel, ma cousine MLS et moi.. Elle, solaire, un passeport brésilien, moi aussi polaire qu’une protagoniste d’Hitchcock, la blondeur en moins… Mais comment pouvais-je être aussi détendue pour n’emporter que cette valisette?

Les années suivantes, du SERNAM, horaires d’enlèvements et de livraisons de bagages incompatibles avec le pont de l’Ascension ou/et de la Pentecôte, à Orly West, je suis passée par toutes les étapes du transport tarifié de valises boursoufflées, et en nombre impair et passe, en passant par une valise perdue toute une semaine (les boutiques de la rue d’Antibes vous sauvent sauf si vous faites une taille au dessus du 42) et un vol sur Nice raté pour trois kilos d’excédent de bagages, Orly W, hall B avec tout automatisé, un « essai » de tout automatique… Un drame, personne à AF ne savait où je devais payer mon excédent de bagages, on me disait de vider ma valise mais où? Les casiers des consignes automatiques avec des clés avaient disparu depuis longtemps, on voit ça dans les films de voyous des années 60 d’avant les plans Vigipirate.
Malgré tout, j’avais un doute. Le matin du départ au TGV vers 9 h du matin, un mercredi, jour d’ouverture du festival, n’ayant pas reçu ce qu’on appelle un Voucher de la part de la vendeuse eBay de Floride, j’ai téléphoné directement au Carlton. Une suite junior était bien réservée à mon nom. Incroyable. La chance du débutant : en 2007, j’ai assisté à ma première cérémonie d’ouverture et vu la palme d’or, un film roumain qui n’intéressait personne, programmé en début de festival… « 4 Mois, 3 Semaines et 2 Jours » de Cristian Mungiu, en sortant de la salle de 2500 places avec beaucoup de places vides, un frisson collectif, quelque chose s’était passé…
https://newtemplate.cinemaniac.fr/4-mois-3-semaines-et-2-jours-le-film-roumain-en-competition-a-la-cote/






