
Eh oui, l’univers de Truffaut empreint de gravité et de légèreté, les atermoiements du cœur d’un Antoine Doinel, transi d’amour disant « merci monsieur » à Delphine Seyrig (« Baisers volés ») , cette époque où Claude Jade, enceinte, descendait les escaliers de son immeuble en fumant (« Domicile conjugal ») tout cela n’existe plus. Excepté pour Christophe Honoré qui a longtemps puisé dans l’univers Truffaut avec plus ou moins de réussite.
Au générique de fin, j’ai lu, sans étonnemment, scénario : Louis Garrel et Christophe Honoré mais pouvait-il en être autrement pour l’interprète des « Bien-aimés » d’Honoré qui cette fois-là avait préféré Demy?
Les tentatives de transposer un univers Truffaldien tendance « Jules et Jim » avec les codes du XXI siècle sont louables. Ici ce ne sont plus exactement deux amis qui aiment la même femme mais celui qui l’aime assez peu (dont on verra le trouble, in fine, face à un homme) qui couchera avec elle.
En engageant Vincent Macaigne face au beau Louis Garrel dans la figure du casse-pieds fragile et touchant, collant aux basques de ce dernier, sa douleur en bandoulière, dans le genre Michel Blanc, hypochondriaque pot de colle face au séduisant XXL Gérard Lanvin dans « Marche à l’ombre »… On recrée cette sorte de duo improbables d’amis toujours sympathique et drôle car incongru pour le spectateur. D’autant que le comique de situation n’est jamais loin et la tendresse bourrue aussi.
Mais il semble qu’une autre motivation ait animé Louis Garrel réalisateur : mettre en valeur l’actrice Golshifteh Farahani dans un portrait de femme insaisissable dont on fera ici une détenue en liberté demi-conditionnelle (les temps changent… Avant, on était baby-sitter ou étudiante en lettres…) On ne peut nier que l’actrice, d’une beauté à couper le souffle, est d’un naturel que les deux amis pourraient lui envier… Excepté ces ongles vernis sortie de manucure carmin nickel quand elle galère sans argent ni logement…
Donc, Clément (Vincent Macaigne), tombe amoureux d’une mystèrieuse inconnue, Mona (Golshifteh Farahani), une fille qui travaille dans un snack de la Gare du Nord dont il ignore qu’elle doit retourner tous les soirs pointer en prison. Il presse son meilleur ami, Abel, comme un citron avec sa passion incompressible. Incident : les deux amis empêchent Mona de prendre son train a l’heure, pour elle, c’est un drame, pour eux, vivant dans un autre monde où les problèmes perso ont le luxe de prendre toute la place, c’est un jeu à mesurer la passion, l’amitié. Mais Mona, d’abord désespérée, va avoir soudainement envie de vivre et de jouer avec les deux amis. Clément vient de faire une TS, hôpital, Abel et Mona se rapprochent, leurs corps seulement, car Abel, frappé de culpabilité, la fiche ensuite à la porte.
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